Le harcèlement sexuel des femmes et des filles en RDC : Un programme pour lutter contre le fléau dans les milieux universitaires.

, Publié : Le 31/01/2018 à 9:30:59

« Ensemble avec les étudiantes pour lutter contre le harcèlement sexuel des femmes à l’Université » est le projet que l’Association sans but lucratif ‘’ Si Jeunesse Savait ’’ (SJS) se propose de mettre en exécution dans les deux prochaines années. Le projet vise le renforcement des capacités des étudiantes dans le but d’arriver à dénoncer. Ce qui réduira, à coup sûr, l’influence des Violences Basées sur les Genres (VBG) et particulièrement du harcèlement sexuel sur les étudiantes dans différentes institutions universitaires de la ville de Kinshasa.
Ce projet de deux ans sera mis en œuvre en partenariat avec trois institutions d’enseignements supérieurs de Kinshasa notamment l’Institut Supérieur du Commerce (ISC), l’Université protestante au Congo (UPC), et l’Institut Facultaire des sciences de l’Information et de la Communication (IFASIC). Pour ses initiatrices : « il contribuera à la réduction de la propagation de cas des VBG dans la communauté estudiantine. En effet, les conditions d’études dans la majorité des universités congolaises font de ces milieux, un terrain fertile et favorable aux VBG. Trois autres institutions sont indirectement impliquées à travers leurs responsables qui participeront, en donnant leurs avis. Il s’agit : de l’Université Pédagogique Nationale (UPN), de l’Université de Kinshasa (UNIKIN) et de l’Université William Brook.
Cette association voudrait contribuer tant soit peu à la réduction de ce mal qui ronge notre société et qui, aux yeux des victimes reste impuni. « Si jeunesse savait » voudrait donc avec ses partenaires créer des normes pour lutter contre le harcèlement sexuel dans le milieu universitaire.
C’est dans ce cadre qu’une réunion a été organisée à la première quinzaine du mois de janvier 2018 par SJS dans la salle Ohada de l’Université protestante au Congo (UPC) pour la mise en place d’un comité de pilotage. Cette réunion a réuni les différentes parties à impliquer au projet notamment les étudiants, les professeurs et les cadres administratifs de trois universités (IFASIC, ISC, UPC), d’une part et les représentants des ministères de l’Enseignement Supérieur; du Genre, de la Famille et de l’enfant ; de la Justice ainsi que des membres d’associations des femmes militant contre les VBG, d’autre part. Les parties ont également procédé à la signature d’un acte d’engagement pour soutenir le projet.
Que prévoit la loi congolaise sur le harcèlement sexuel ?
Le harcèlement sexuel, qui est un enchaînement d'agissements hostiles et à connotation sexuelle, dont la répétition et l'intensité affaiblissent psychologiquement la victime, vise à intimider et à dominer celle-ci. Ce, en vue d’obtenir un acte sexuel et aussi un comportement qui bouscule l’autre avec une certaine pression. Autrement dit, c’est le fait d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui, soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante.
Le Code pénal congolais, en son article 3, paragraphe 4 stipule : « Quiconque aura adopté un comportement persistant envers autrui, se traduisant par des paroles, des gestes soit en lui donnant des ordres ou en proférant des menaces, ou en imposant des contraintes, soit en exerçant des pressions graves, soit en abusant de l’autorité que lui confère ses fonctions en vue d’obtenir de lui des faveurs de nature sexuelle, sera puni de servitude pénale de un à douze ans et d’une amende de cinquante mille à cent mille Francs congolais constants ou d’une de ces peines seulement".
La loi congolaise classe le harcèlement sexuel parmi les 16 crimes de violences sexuelles passibles de peines de prison. Mais cette loi n’explique pas vraiment ce qu’est l’infraction de harcèlement sexuel. Si le législateur congolais a voulu faire une liste de crimes sexuels passibles de peine de prison, c’est parce que leurs conséquences sur les victimes sont indéniables et peuvent aller du manque d’estime de soi, et même au suicide. Le harcèlement sexuel est aussi dévastateur que le viol. D’où la tendance à la négation de l’existence même de ce problème, surtout dans notre pays où l’arsenal juridique semble ne pas être à la hauteur.
Le harcèlement sexuel est un délit certes, mais ce n'est pas aux universités d'imposer des sanctions, plutôt au système judiciaire avec, à la clé, la prison pour les crimes les plus graves. L'université devra donner des sanctions pour les questions déontologiques (enseignements, honnêteté, etc.), mais elle est en conflit d'intérêt pour les situations plus graves puisqu'elle ne veut pas nuire à sa réputation. À toutes les victimes, le magistrat Nsimbi Kabange de la cour d’appel de la Gombe/Kinshasa, recommande de porter plainte à la justice.
Plusieurs sanctions disciplinaires plus ou moins récentes en matière de violences sexuelles envers des étudiantes sont assez rares. Les universités se mobilisent, mais les remontées de cas concrets sont difficiles et les sanctions disciplinaires souvent dérisoires. Elles pourraient se contenter d'une charte de conduite pour définir des règles claires. Interdire par exemple les relations entre un(e) professeur(e) et l'étudiant(e) qu'il (elle) encadre.
Dans un pays comme la RDC connu pour les innombrables cas de viol commis au nom de la guerre, l’existence de crimes de harcèlement sexuel est inévitable. D’autant plus qu’un crime peut être le prélude à un autre ou la suite d’un autre, tout dépend du coupable. Cette association voudrait encourager les étudiantes par ce projet à dénoncer les harceleurs, sans s’enfermer dans la peur du regard rieur ou accusateur des voisins.
SJS est une association des jeunes féministes de la République Démocratique du Congo qui renforce le leadership des adolescents et des jeunes en matière des droits et santé sexuels et reproductifs, en technologie de l’Information et de la communication ainsi qu’en entrepreneuriat.
Elle a exécuté plusieurs activités visant la protection de la femme. On note entre autres activités: la mise en ligne d’informations pour le référencement des cas des viols dans les provinces de Kinshasa, du Nord et Sud Kivu ; les violences faites aux femmes et aux filles liées aux technologies de l’Information et de la Communication (le harcèlement en ligne, la circulation d’images personnelles des femmes et filles sans leur consentement..) avec une grande composante de mobilisation des universités.
Francine Umbalo/UCOFEM


Facebook share
Restez Connecté