Droits politiques : Les femmes peu visibles dans l’exécutif provincial

, Publié : Le 054255 à 11:42:54


“La démocratie, c'est l'égalité des droits, mais la République, c'est l'égalité des chances.” Dit-on. Parler entièrement de l’égalité des sexes suppose qu’il existe un système d’appui à la participation active et équitable des femmes dans les décisions à prendre à tous les échelons. En République Démocratique du Congo, cette volonté d'améliorer la participation citoyenne de la femme congolaise a pris son élan en 2012. Année ayant marqué un tournant décisif dans la lutte pour l’augmentation des chances d’accès des femmes à la représentation dans les institutions politiques avec la promulgation de la loi organique fixant à 30% le quota minimum de représentation des femmes dans les institutions en RDC.
Pour ce qui est des fonctions à caractère électif, cette loi organique prévoit que chaque parti politique, dans la confection de ses listes pour les élections et, à tous les échelons, puisse avoir une représentation de 30% de femmes au moins. Concernant les fonctions à caractère nominatif, toutes les institutions politiques de notre pays, de la Présidence de la République en passant par le Parlement, jusqu’au gouvernement, doivent avoir dans leurs cabinets 30% de femmes au moins. Ce qui n’est pas toujours évident.
Faible participation des femmes dans l’exécutif provincial
Malgré cette volonté politique à faire participer en grand nombre les femmes dans les institutions publiques, un triste constat est dressé dans l’exécutif provincial de l’Ex-Katanga. Les femmes y sont faiblement représentées. Et pourtant, les compétences féminines, il n’en manque pas au pays. A en croire les habitants de cette contrée, la répartition des compétences au sein de tous les gouvernements provinciaux de l’ex-Katanga se fonde sur des raisons inexpliquées. Est-ce le manque de confiance des hommes vis-à-vis des femmes au sein des partis politiques qui, pourtant, sont comblées par le dynamisme et la présence très significative des femmes ? Ou faudra-t-il considérer que les femmes ne sont pas toutes suffisamment préparées, comme le pense, une femme analyste politique qui a requis l’anonymat et pour qui, il faudra encore du temps pour que la femme congolaise s’engage politiquement.
Cette situation politique de la femme katangaise est déplorable et se résume par un faible taux de représentativité féminine dans les instances de prise de décision. Aucune nomination dans l’équipe gouvernementale des quatre provinces démembrées de l’ex-Katanga ne reflète la législation quant à la participation politique de la femme. Dans la Province du Haut-Lomami l’équipe gouvernementale est composée de dix ministres dont deux femmes bien qu’il y ait une femme sur les deux commissaires généraux nommés dans l’équipe des animateurs des structures d’appui à l’action du gouvernorat.
Même situation dans la Province du Lualaba où il n’y a aucune femme sur les onze ministres nommés mais, ce qui est encourageant c’est que sur les quatre Commissaires généraux nommés, il y a trois femmes. Tandis que dans le Haut- Katanga, trois femmes occupent des postes ministériels sur les dix ministres nommés, et deux femmes sur les trois Commissaires généraux. Cependant, parmi les deux Secrétaires généraux nommés, il ne figure aucune femme. Quant au gouvernement provincial du Tanganyika, sur dix Ministres nommés, on ne compte également que trois femmes.

Un grand défi à relever pour la femme
Et pourtant, la loi de 2006 contient des sanctions devant garantir son application ; notamment une annulation des nominations en cas de non-respect du quota de 30 % au moins de place à pourvoir aux femmes…
L'on serait tenté de se demander pourquoi les femmes ne réagissent pas pour revendiquer ce droit dont seul le pouvoir judicaire, et donc, le ministère public, devrait veiller au respect de cette disposition et d’appliquer les sanctions, au besoin ?
Il est vrai qu’elles ont mené beaucoup de plaidoyers et même développé des stratégies pour que soient respectés leur droit à la participation politique mais en vain. Le comble c'est que le droit politique des femmes est mis à l’index tant au niveau national que local puisqu’il existe des textes légaux qui vont au-delà du quota de 30% à l’instar de la Loi n°15/013 du 1er août 2015 portant modalités d’application des droits de la femme et de la parité.
Face à ces inégalités de droits, de chances ou de sexe, les femmes ne doivent pas baisser le bras mais plutôt se ranger derrière les leaders comme la surnommée, "Jeanne d'arc" congolaise dont on apprécie le courage et la détermination. Madame Odette Babandoa Etoa, vient de déposer à la Cour constitutionnelle une requête en inconstitutionnalité contre la loi électorale récemment promulguée demandant que justice soit faite en faveur de la femme Congolaise, mieux du fonctionnaire de l’Etat, qui ne sauront pas, au regard de leur maigre salaire, payer la caution d’éligibilité fixée à 1000$ contre 250$ en 2006.
« La loi électorale est une violation à la constitution. On est en train d’exclure certaines classes congolaises de la gestion des mandats publics, ce qui est contraire à la loi parce que tous les citoyens sont égaux devant la loi.», soutient Odette Babandoa, présidente du parti politique, l'Union des Patriotes Républicains (UPR).
Parmi les freins à la participation politique des Congolaises notamment en période électorale l’on cite principalement, l’incapacité financière de la femme. Les femmes et les hommes devraient multiplier des actions qui touchent le plus grand nombres d'acteurs politiques pour veiller à la pleine participation de la femme au développement de la nation et à l’épanouissement de cette dernière. Une pression commune sur les décideurs aboutirait à un changement significatif car "l'admission des femmes à l'égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation, et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain."
Tina Meli/UCOFEM

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