Droits politiques et civils: l'implication de la femme dans le processus électoral en RDC

, Publié : Le 082120 à 13:21:17

Le développement d’une Nation, le bien être de la population et la consolidation de la paix est fonction de la participation maximale des femmes, à l’égalité avec les hommes, dans tous les domaines de la vie.

L’état de lieu actuel de la participation de la Femme dans la vie politique, renseigne que plusieurs obstacles constituent encore des barrières à l’émergence de celle-ci en ce qui concerne son implication dans le processus électoral, mais également des opportunités du [gras][/gras]moment en se référant à l’arsenal juridique actuel, riche en matière de la promotion des droits de la Femme. A côté des obstacles culturels, des stéréotypes sexistes, un faible taux d’éducation, la pauvreté, il y a aussi des obstacles au contenu et à l’application des lois.
Les comportements socio-culturels sont enracinés dans les structures sociales, favorisant parfois des discriminations et des marginalisations dont sont souvent victimes des femmes en ce qui concerne la division du travail et la distribution des tâches au sein de la société où la femme préfère évoluer dans l’informel tout en subissant le poids des coutumes et traditions encrées en elle. Ces réalités sont à un certain degré source des découragements provenant parfois au niveau de la famille surtout de celles qui veulent embrasser la politique. Le rapport de dominance entre homme-femme, forme même son identité, fonction de ce qu’on colle à la femme dans la société. La femme doit combattre les construits sociaux, combattre également sur le plan légal : la loi électorale est discriminatoire ; la mise en œuvre de la loi portant modalités d’application des droits des femmes et de la parité subit des discriminations quant à son application ; la loi sur le financement des partis politiques qui dit que le parti qui ne tient pas compte de la parité ne doit pas être financé, souffre également de son applicabilité.

La participation de la femme dans la vie publique peut jouer un rôle important dans la prise des décisions et le développement. Ces sont ceux qui ont le pouvoir qui décident, les pays qui ont réussi à faire participer les femmes dans la gestion de la chose publique, ont vu leurs indices de développement augmenter (indicateurs de développement élevé). Ces sont aussi des pays les moins corrompus, les questions de santé, de l’environnement, les affaires sociales, question d’égalité entre les sexes sont mieux prises en charge. Il sied de souligner que les groupes dirigés par les femmes, souvent dans la communauté, avancent.

La plateforme de Beijing relève que la participation des femmes est une condition sine qua non, une nécessité pour le développement. C’est pourquoi la femme doit construire une synergie autour de l’intérêt de la femme. Le progrès dans ce sens est faible, il y a un lien entre l’accroissement des femmes dans les organes délibérants et la prise des décisions. On n’a jamais passé le 15% de représentation des femmes aux instances des décisions.
D’où, le meilleur processus à consolider la démocratie, c’est les élections. Nous allons voir comment l’électorat et la candidature féminine se comportent. S’agissant de l’électorat féminin ; en 2006, 13.269.344 femmes enrôlés soit 52,2% contre 12.150.855 hommes soit 47, 8% ; en 2011, 15.916.246 femmes soit 49,7%, contre 16.108.394 hommes soit 50,3% et en 2017 18.814.938 femmes soit 48% contre 20.555.203 hommes soit 52% . Entre 2006, 2011 et 2017, il y a eu baisse de la participation de la femme à l’opération de l’enrôlement des électeurs.

Le même comportement s’observe au niveau de la candidature féminine. En 2006, aux élections présidentielles, 4 candidatures féminines soit 12,5% sur 32 candidatures. En province, il y a eu 3.320 candidatures féminines soit 13,5% contre 8.389 candidatures hommes soit 86,5%. En 2011, aucune candidature féminine aux élections présidentielles ; aux élections des députés nationaux, il y a eu 2.277 femmes soit 12,8% contre 16.587 candidatures des hommes soit 87,2%. Pour les élections de 2006 et 2011 ; il n’y a eu respectivement que 42 et 47 femmes élues sur 500 sièges à l’Assemblée Nationale.

Au cours des 4 dernières années, la participation de la femme dans le processus de paix et à la mise en œuvre des accords est mitigé. Ainsi donc en 2013 le nombre des femmes ayant participé dans l’accord-cadre sur la Paix, la Sécurité et la Coopération en RDC et dans la Région des grands lacs du 24 février 2013 à Addis –Abeba (Ethiopie) est d’1 femme/15 soit 6,2% ; le Mécanisme National de suivi de l’accord Cadre d’Addis-Abeba est de 1/3 soit 25% ; les concertations Nationales du Palais du Peuple est de 95 femmes/668 soit 12,4% ; groupe de contact pour la Préparation des Concertations Nationales est de 5 femmes/42 soit 11,9% et du Comité de suivi des Concertations Nationales est d’1 femme/11 soit 8,3%. En 2016, le Dialogue National de la cité de l’OUA sous la médiation d’Edem KODJO est de 86 femmes/300 soit 28,6% et au Dialogue National sous la médiation de la CENCO est de 3 femmes/15 soit 20%.

A travers la constitution (loi fondamentale en son article 14) et d’autres lois (le Code de la Famille, la loi portant modalités d’application des droits des femmes et de la Parité, etc.), on sent une volonté exprimée mais ce qui bloque c’est l’application de celles-ci. En outre, le rôle que la société a attribué à la femme, devient un construit social mais qui peut être déconstruit. Il faudrait combattre les stéréotypes qu’on colle à la femme dans la société et qui deviennent des construits. Le genre renvoie à un rapport construit entre les hommes et les femmes.

Les élections seront faites à tous le niveau, comment capitaliser les opportunités pour augmenter la participation de la femme dans les instances de prise des décisions ? La femme doit veiller sur les 11 élections. C’est au niveau local qu’il semblerait avoir le vrai pouvoir, la base de toute émergence qui pourrait amener cette femme plus loin. Alors, il faut se poser la question de savoir : comment accompagner l’électorat féminin au moment de l’enrôlement des électeurs, des scrutins et des contentieux électoraux ?

Malgré que l’électorat ne croie plus aux élections, il faut motiver la femme à s’impliquer dans le processus électoral en cours, qu’elle puisse réaliser qu’elle représente seulement 8% à l’Assemblée Nationale et 10% au Sénat. C’est pourquoi, la femme doit être dans les bureaux de vote (témoin, observateur, etc.), bien analyser le système électoral où il y a l’intérêt de la femme, sensibiliser ses paires à l’adhésion dans des partis politiques et à poser leurs candidatures. Il faut que la femme sache gérer ses ambitions ; elle devrait développer la capacité de renoncer parfois à celles-ci au bénéfice d’une autre femme qui a beaucoup plus de capacités et d’opportunités d’être élue. Il faut inciter cette femme qui a des compétences et qui hésite encore à s’engager, afin d’exprimer ses ambitions au lieu de se contenter des places de subordination (briser le plafond de verre, le syndrome d’appendice du leadership) ou être juste au service des hommes comme objet de beauté.

Il est important de noter que, le poids de la culture est dynamique, il peut donc changer. D’où l’importance du suivi de l’application des lois en mettant sur pied des stratégies et mécanismes pour faire pression aux décideurs à ce sujet ; de la prise de conscience de la femme de tous les blocages liés à elle-même et de savoir lutter contre ces derniers afin qu’elle arrive à s’impliquer librement et activement dans le processus électoral en cours.

Mimy MOPUNGA

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